L’efficacité en Aïkido

5 janvier 2014

Les principes

La notion d’efficacité dans les arts martiaux est bien souvent considérée comme la façon avec laquelle le pratiquant va être capable de démontrer ses compétences dans une situation de combat, qu’elle soit compétitive ou réelle. Autrement dit, la loi du plus fort !

monsieur muscle

Savoir qui est le plus fort…

Mais ce n’est pas la seule façon de considérer l’efficacité qui est une notion très relative en fonction du contexte, selon que l’on parle de combat, self-défense, d’art martial ou même de la pratique d’un loisir.

La vérité est que pour être efficace au combat il faut travailler le combat et donc s’y confronter régulièrement et ça, très peu de pratiquants s’y risquent.

 

Un choix délibéré

En Aïkido la notion d’efficacité est donc à nuancer au regard du fait que la finalité de la pratique n’est ni l’efficacité au combat ni la capacité à surpasser son adversaire.

Le « do » de l’Aïkido (voie) évoque avant toute chose l’idée selon laquelle l’important est le chemin et non l’aboutissement. C’est un parcours initiatique conduisant l’élève à utiliser des méthodes qui n’ont pas pour but de terrasser l’autre mais plus à se découvrir soi-même et connaître les moyens d’interagir avec un potentiel agresseur de la façon la plus harmonieuse pour l’un comme pour l’autre.

Ainsi le fondateur, qui avait lui-même fait la démonstration de sa supériorité sur des experts renommés et titrés, a t-il pris soin de préserver l’aspect non combatif de son art en interdisant tout esprit de compétition et en refusant de codifier la liste de ses techniques. Ce travail a été fait à posteriori par ses élèves directs.

Vocabulaire_des_techniques_Aikido

Exemple de travail de codification des techniques d’Aïkido

En effet, l’un des effets immédiats de l’introduction de la compétition est d’inciter les pratiquants à se focaliser sur un nombre très limité de techniques qui apporteront les résultats les plus probants et rapides au détriment de la forme.

Cette « appauvrissement » de l’art est illustré sur cette vidéo présentant un combat au Tanto (couteau) en finale de championnat du monde d’Aïkido Shodokan (forme adaptée par Kenji Tomiki pour la compétition).

Même si cette vidéo ne résume pas à elle seule le travail réalisé dans cette forme d’Aïkido, il s’agit de pratiquants de très haut niveau concourant pour un titre mondial. Malgré cela, on peut constater qu’il est très difficile de distinguer la moindre technique d’Aïkido tant elles sont rares et tant la confrontation entre les deux protagonistes paraît confuse et emplie de tensions.

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Les effets de l’introduction de la compétition en Aïkido

 

Une efficacité avérée

Malgré tout, les techniques d’Aïkido prétendent produire des effets dans des situations d’agression : déséquilibrer, projeter, contrôler… Certains hauts gradés enseignent même auprès de troupes d’élite telles le GIGN ou le RAID car l’Aïkido rassemble à lui tout seul beaucoup de principes universels physiques ou biomécaniques qui n’ont plus à faire leurs preuves.

Pour conserver leur caractère « martial », ces effets se doivent donc d’être réels aussi bien sur un partenaire d’entraînement débutant ou confirmé que sur un parfait inconnu n’ayant aucune notion de ce qui va lui arriver, ou pire, étant lui-même aguerri dans une autre discipline.

C’est là tout l’enjeu de l’efficacité en Aïkido : qu’une technique marche quelle que soit l’attaque ou le partenaire tout en préservant l’intégrité des deux protagonistes. Respecter l’être humain par delà des sentiments de colère ou de vengeance, un vrai challenge !

Tsonga

Tendre la main au vaincu !

Parmi bon nombre d’anecdotes sur notre discipline, celles rapportant les 1ères démonstrations publiques des élèves directs du fondateur arrivants en terres inconnues sont savoureuses.

Par exemple celle de Nabuyoshi Tamura Senseï est une de mes préférées. Elle raconte comment ce maître alors inconnu, fraîchement arrivé du Japon et d’apparence frêle, présenta son art à un public de néophytes au cours d’une démonstration improvisée avec 2 karatékas titrés au championnat d’Europe présents ce jour là…

http://www.fipam.org/actualites/hommage-du-fipam-a-tamura-sensei

Mais bien d’autres Senseïs éprouvèrent leurs compétences, tels maître Toheï qui fît une démonstration improvisée avec plusieurs judokas titrés ou encore Tadashi Abe ou Gozo Shioda qui se rendaient la nuit combattre dans les quartiers malfamés de Tokyo ou Paris.

 

Une question de patience

L’efficacité est bien souvent recherchée par les novices, impatients de satisfaire leur ego. Ce comportement, très humain, est particulièrement développé dans nos sociétés occidentales où l’on nous demande bien souvent de s’adapter très rapidement pour devenir immédiatement productif…

Je me rappelle, à mes débuts, de l’excitation qui me gagnait après chaque cours à l’idée de pouvoir un jour démontrer dans la vie réelle le peu que j’avais appris sur le tatami. Je visualisais mentalement des situations ainsi que la réponse que je pouvais y apporter avec mon maigre bagage.

Asterix

Les fantastiques pouvoirs de l’esprit !

En Aïkido, l’efficacité est le fruit d’un long travail d’affinage au cours duquel le pratiquant va développer sa technique mais aussi et surtout ses sens qui vont lui permettre de percevoir chez son partenaire les éléments clés de la réussite d’une technique (stabilité, élan, distance, rapidité, mobilité, gabarit…).

La répétition des mouvements est bien sûr un travail fondamental, mais au-delà de ce travail de « gammes », il est également nécessaire pour le pratiquant d’expérimenter ses techniques dans les contextes les plus variés possibles. C’est la raison pour laquelle beaucoup choisissent de fréquenter plusieurs dojos et d’assister à de multiples stages de toutes fédérations.

 

Le travail sans concession

Un des moyens de développer l’efficacité en Aïkido est de travailler de manière sincère et sans concession comme je l’évoquais dans Le rôle du uke.

En tant que Uke (celui qui reçoit la technique), cela consiste à proposer une attaque franche et sans pour autant se livrer à son partenaire et sans subir passivement sa technique.

Pour Tori (celui qui exécute la technique), cela consiste à considérer chaque attaque comme étant nouvelle, « inattendue » et possiblement létale en gardant à l’esprit de préserver l’intégrité de l’attaquant, ce qui requiert énormément de self-control.

Dans un contexte d’entraînement « loisir » où le travail est très encadré et sécurisé, cela n’est donc pas aisé. Mais il serait illusoire de penser que notre Aïkido est efficace si l’on se cantonnait à ce contexte purement pédagogique, répétitif, lent et bienveillant.

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Savoir se confronter à des contextes de travail nouveaux !

Dans ma courte expérience, il m’a très peu été donné de subir une attaque réaliste, rapide, franche et pénétrante. Toutefois, lorsque cela arrive, je suis toujours très surpris de constater que malgré l’entraînement intensif, et quelque soit l’ancienneté de mon partenaire, je me retrouve rapidement dépourvu ou débordé.


Une mise en condition

Quelques exercices sont proposés au dojo pour permettre de placer les pratiquants dans un contexte plus stressant et proche des conditions réelles.

Le « randori » est un travail où plusieurs « uke » attaquent « tori » de façon répétée de manière à le soumettre à une sollicitation continue. Ce type de travail amène le pratiquant à gérer le temps, l’espace et à développer sa vigilance envers plusieurs partenaires.

Le « jyu-waza » est un exercice consistant à travailler de manière libre, soit pour le uke soit le tori soit les deux. Contraints de réagir dans l’instant à l’imprévu, ce travail amène les pratiquants à développer leurs réflexes et le « laisser agir ».

Parfois ces 2 exercices sont combinés ou accompagnés d’un travail aux armes pour induire une difficulté supplémentaire et placer le pratiquant dans des conditions proches du combat.

 

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 Randori contre 4 partenaires armés…

Mais ce travail reste pédagogique et est bien loin de préparer à un combat où tous les coups sont permis…

 

Se confronter à la réalité

Pour avoir beaucoup fréquenté les forums spécialisés à une époque, j’en retiens que bien peu de pratiquants se sont un jour confrontés à des situations réelles, encore moins ont pu y mettre en œuvre l’Aïkido dans son essence : « contrôler l’autre en préservant son intégrité ».

Dans le meilleur des cas, les personnes s’en sortent par de la dissuasion ou des techniques expéditives comme des atémis (frappes). Mais bien souvent les dommages sont collatéraux, surtout lorsqu’une arme est en jeu.

dommages collatéraux

L’issue d’un combat est bien souvent destructrice

D’ailleurs un grand nombre de techniques enseignées au dojo ont une vocation pédagogique, par exemple pour introduire un mouvement plus complexe ou assouplir le corps en prévision des chutes.

De plus, les cours « tous niveaux » portent généralement sur des situations de saisies et très rarement sur des attaques pieds-poings qui restent un grand classique dans des agressions réelles.

Pour ma part je n’ai été confronté qu’une fois à une situation d’agression qui, après réflexion, m’a permis de relativiser considérablement les résultats du travail effectué au dojo.

Mais ça, c’est une autre histoire…

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